L'oeilleton

Cyril Pedrosa
publie
"Trois ombres"
dans la collection Shampooing
ed. Delcourt
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le Jour où...

Novembre 2009
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Je sais, il ne chante pas le Hibou, il Hulule...

N'hésitez pas à laisser vos propres mots, votre voix, des "soufflantes" extraordinaires... une trace... un signe... votre chemin de lecture...

Alex O.

A suivre...

Mercredi 1 mars 2006



Ils passèrent lentement devant sa cachette sans le voir. Le jeune garçon retint son souffle davantage encore, il n'était plus qu'une ombre immobile. S'ils le trouvaient il n'avait aucune chance de leur échapper, et encore moins de l'emporter en combat singulier. Il devait attendre, le moment de l'affrontement viendrait sans doute mais pour l'heure il lui fallait battre en retraite. Il pensait aussi à Anna qui arriverait bientôt quelque part dans cet univers. Il devait la trouver et pour cela il lui fallait rester en vie. Il attendit donc, s'efforçant de faire le vide dans son esprit pour que le murmure de ses pensées ne le trahisse pas. Après un moment qui lui parut interminable, les deux guerriers s'éloignèrent enfin puis disparurent au coin de la rue.
 
    Jewanir ne bougea pas. Il était épuisé et avait besoin de réfléchir. Il resta assis là entre les vieilles caisses couvertes d'inscriptions incompréhensibles. Rien ici ne lui était familier, il n'allait pas lui être facile de passer inaperçu. Il devait se fondre dans la population, trouver un refuge et tenter de retrouver Anna. Son instinct de chasseur vint à son secours. La première chose à faire était d'observer sans être vu. Il avait besoin d'en savoir un peu plus sur l'endroit où il se trouvait. Il sortit sans bruit de sa cachette et se glissa le long du mur vers le bout de la rue. La nuit était tombée mais des lumières brillaient un peu plus loin, là d'où lui parvenait toujours des sons étranges.
    Il s'approcha lentement de l'angle du mur, toujours dans l'ombre, et jeta un regard au delà, vers le bruit et les lumières. Il fut aussitôt pris de panique et recula brusquement au passage d'un engin effrayant fait de métal à l'intérieur duquel se trouvaient des hommes et des femmes. L'étrange équipage s'éloigna sans faire attention à lui dans un grondement. Des lumières brillaient accrochées aux murs ou au bout de perches dressées le long de la rue. Certaines changeaient de couleur sans cesse, d'autres s'éteignaient et s'allumaient sans que personne ne semble les embraser ou les souffler. Des échoppes étaient ouvertes et illuminées. De nombreuses personnes s'y pressaient pendant que d'autres marchaient d'un pas rapide le long de cette route. Des engins ressemblant au premier passèrent sous les yeux de Jewanir toujours embusqué.
    Une fois passées la surprise et la frayeur des premiers instants, il constata rapidement que personne ne prêtait attention à sa présence. Il lança son regard plus loin, à droite et à gauche pour s'assurer que Elbasi et Trébu avaient bien disparus et ne vit nulle trace des deux guerriers lancés à sa poursuite. Dans quel drôle d'univers avait-il été envoyé ? A l'évidence, s'il voulait passer inaperçu, il allait devoir changer rapidement de vêtements tant sa tenue était différente de celles des habitants de cette ville étrange. Aucun des hommes qu'il voyait là ne portait de long manteau de fourrure ni de forte cuirasse de cuir. Il avisa un marchand de vêtements sur sa gauche, son comptoir était désert. Il prit un air dégagé , sortit de l'ombre et marcha sans hésiter dans la direction du magasin.

[à suivre...]
Par Alex Owl
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Mercredi 1 mars 2006




    Ils passèrent lentement devant sa cachette sans le voir. Le jeune garçon retint son souffle davantage encore, il n'était plus qu'une ombre immobile. S'ils le trouvaient il n'avait aucune chance de leur échapper, et encore moins de l'emporter en combat singulier. Il devait attendre, le moment de l'affrontement viendrait sans doute mais pour l'heure il lui fallait battre en retraite. Il pensait aussi à Anna qui arriverait bientôt quelque part dans cet univers. Il devait la trouver et pour cela il lui fallait rester en vie. Il attendit donc, s'efforçant de faire le vide dans son esprit pour que le murmure de ses pensées ne le trahisse pas. Après un moment qui lui parut interminable, les deux guerriers s'éloignèrent enfin puis disparurent au coin de la rue.
 
    Jewanir ne bougea pas. Il était épuisé et avait besoin de réfléchir. Il resta assis là entre les vieilles caisses couvertes d'inscriptions incompréhensibles. Rien ici ne lui était familier, il n'allait pas lui être facile de passer inaperçu. Il devait se fondre dans la population, trouver un refuge et tenter de retrouver Anna. Son instinct de chasseur vint à son secours. La première chose à faire était d'observer sans être vu. Il avait besoin d'en savoir un peu plus sur l'endroit où il se trouvait. Il sortit sans bruit de sa cachette et se glissa le long du mur vers le bout de la rue. La nuit était tombée mais des lumières brillaient un peu plus loin, là d'où lui parvenait toujours des sons étranges.
    Il s'approcha lentement de l'angle du mur, toujours dans l'ombre, et jeta un regard au delà, vers le bruit et les lumières. Il fut aussitôt pris de panique et recula brusquement au passage d'un engin effrayant fait de métal à l'intérieur duquel se trouvaient des hommes et des femmes. L'étrange équipage s'éloigna sans faire attention à lui dans un grondement. Des lumières brillaient accrochées aux murs ou au bout de perches dressées le long de la rue. Certaines changeaient de couleur sans cesse, d'autres s'éteignaient et s'allumaient sans que personne ne semble les embraser ou les souffler. Des échoppes étaient ouvertes et illuminées. De nombreuses personnes s'y pressaient pendant que d'autres marchaient d'un pas rapide le long de cette route. Des engins ressemblant au premier passèrent sous les yeux de Jewanir toujours embusqué.
    Une fois passées la surprise et la frayeur des premiers instants, il constata rapidement que personne ne prêtait attention à sa présence. Il lança son regard plus loin, à droite et à gauche pour s'assurer que Elbasi et Trébu avaient bien disparus et ne vit nulle trace des deux guerriers lancés à sa poursuite. Dans quel drôle d'univers avait-il été envoyé ? A l'évidence, s'il voulait passer inaperçu, il allait devoir changer rapidement de vêtements tant sa tenue était différente de celles des habitants de cette ville étrange. Aucun des hommes qu'il voyait là ne portait de long manteau de fourrure ni de forte cuirasse de cuir. Il avisa un marchand de vêtements sur sa gauche, son comptoir était désert. Il prit un air dégagé , sortit de l'ombre et marcha sans hésiter dans la direction du magasin.

[à suivre...]
Par Alex Owl
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Dimanche 3 décembre 2006

 
Pour ne pas faire de bruit lorsque je me relèverai, je marcherai sur la pointe des pieds, doucement, effleurant le parquet. Mes enfants n'en sauront rien, ma femme se tournera simplement dans le lit, juste frôlée par la brise de mon passage. J'irai m'asseoir près de l'âtre éteint. Et de là j'écouterai le froid de l'hiver arrivé qui recouvre les arbres, le givre et le silence de la nuit. Je remonterai le col de mon pull comme un infranchissable rempart et je m'assoupirai encore dans le fauteuil rouge de notre journée heureuse.

[à suivre...]

 


Par Alex Owl
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Samedi 9 décembre 2006

C'est là que je rêverai à cette histoire extraordinaire. Celle que racontait nos anciens, l'histoire d'une fête mémorable qui eu lieu dans la lande du pays du Nord.

Ma perception du salon se mélangera peu à peu avec les effluves passés des rondes endiablées de danseurs étranges. Ils tournaient encore et encore sur des musiques fortes et rythmées. Frôlant des murs entiers d'enceintes acoustiques poussées jusqu'à leur seuil de rupture. Des fumées étranges parcouraient les assemblées regroupées dans le froid et l'humidité autour de braseros portés à incandescence.

Dans mon demi sommeil, je tremblerai un peu à la seule évocation du froid, juste tenu à distance par ces feux de fortune et par l'agitation des corps épuisés. La nuit, dehors, se peuplera de sons inattendus, de lumières et d'ombres dansantes, derrière le col de mon pull de laine je sourirai, habité du sentiment rassurant d'être protégé de tout cela, d'observer à distance, de voir sans être vu. Et alors je les verrai...

[à suivre...]
Par Alex Owl
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Mardi 12 décembre 2006

Les danseurs s'agitaient de mouvements convulsifs des épaules et des jambes, les bras balancés  comme des poids morts, abandonnés. En lignes successives, ils s'approchaient mécaniquement du mur sonore dont les basses faisaient trembler les corps. Ils passaient alors un moment en étrange conciliabule agité avec les enceintes, le visage à quelques centimètres d'elles, et repartaient à l'arrière pour laisser la place à d'autres avant de revenir.
Vague après vague, en un mouvement perpétuel, ils se relayaient dans cette extraordinaire conversation avec le son. Parfois l'un ou l'autre s'écroulait d'épuisement ou vaincu momentanément par des potions hallucinogènes puissantes, et restait là, sur le sol, tandis que la danse continuait.

La même scène se déroulait devant des dizaines de murs grondant, à travers la lande. Des milliers de danseurs s'agitaient par gestes saccadés. Dans cette mélopée titanesque, tous étaient enveloppés du même rythme puissant de battements cardiaques, au coeur d'une matrice originelle extraordinaire.

Une immense transe avait emporté la lande du Nord et ses drôles de danseurs fous, et menaçait les improbables passants qui s'y seraient aventurés.

Rien ne semblait pouvoir stopper cette gwerz endiablée qu'on pouvait entendre à des kilomètres à la ronde et les habitants de la région s'étaient enfermés chez eux derrière portes et volets, de peur sans doute, d'être eux aussi emportés.

[à suivre...]
Par Alex Owl
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Mardi 19 décembre 2006

On dit que ceux qui traversèrent la lande durant ces nuits mémorables, passants imprudents, ne revinrent jamais tout à fait de ce voyage. On les retrouva quelques jours plus tard, errants au milieu des genêts et des ronces, les yeux hagards, perdus pour longtemps dans un dédale qu'ils étaient les seuls à percevoir.

 

Le curé fut de ceux là, revenant d'une réunion paroissiale dans un hameau voisin. Au moment où, sur le chemin, il entendit les bruits de la fête à travers la vitre ouverte de sa voiture, il était déjà trop tard. Il fut happé et passa trois jours et trois nuits à danser, comme ensorcelé, et au sortir de ce kan ha diskan infernal, il ne retrouva plus jamais vraiment la raison. Il resta au village, on lui fit une place à la MAPA, bien avant l'âge de la retraite. Certains disent, à travers le pays, qu'on peut le voir les soirs de brume tourner autour de l'église et du monument aux morts, en d'incessants cercles rythmés par une folle gavotte, qu'il fredonne dans sa barbe...

 

Quoiqu'il en soit, à l'époque, au matin de la troisième nuit, le silence se fit enfin et la rumeur courut à travers le pays que le diable avait quitté la lande du Nord. Les volets s'ouvrirent de nouveau puis les portes des maisons. C'était un matin ensoleillé, le ciel semblait lavé comme après une tempête.

 

Tristan Leguennec, à genoux au milieu de son pré de la lande basse, la tête dans les mains, pleurait. Et si vous vous étiez approché à cet instant, vous auriez pu l'entendre gémir après ses terres dévastées, ses champs tristement labourés, piétinés, qui ne donneraient plus avant deux ou trois ans. Il était endetté du mois d'août jusqu'au mois d'août et cette fois tout était joué, il ne pourrait pas payer ses traites. Sa ferme serait vendue et lui et sa famille se retrouveraient à la rue. Tout ce travail qu'il avait accompli depuis des années avait été anéanti en trois jours et trois nuits.

 

Autour de lui, la terre mise à nue s'étendait à perte de vue. De là où avait eu lieu « l'événement » comme tous l'appelleraient plus tard, avait disparu toute trace de végétation. Seule restait la terre brune, détrempée, plantée en rangs serrés de canettes de bière vides, de mégots, de téléphones portables perdus, dont certains sonnaient encore par intermittence, de chaussures abandonnées dans l'épaisseur de la boue, de papiers gras et de vêtements orphelins.

 

Une seule certitude subsistait après les événements, on ne reverrait pas pousser avant longtemps dans cette terre là, le moindre épi de blé ou de maïs.

 

Et pendant que Tristan pleurait sur ses récoltes perdues et ses champs, une jeune femme s'approcha de lui, tandis qu'un homme visiblement plus âgé restait en retrait, une caméra à l'épaule.

[à suivre...]

Par Alex Owl
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Samedi 23 décembre 2006

Elle était vêtue de manière étrange, d'un imperméable noir, d'un chapeau couleur d'automne et de bottes de caoutchouc. Une sorte de marin au féminin, égarée au milieu d'un océan de boue venait accoster Tristan  Leguennec. Lui était occupé à dégager un mulot prisonnier sous une canette de bière encore à moitié pleine tout en reniflant et en ravalant ses larmes amères, il ne la vit pas approcher et sursauta lorsqu'elle lui adressa la parole.

 

         Bonjour Monsieur Leguennec, on m'a dit que je vous trouverais ici.

Elle lui tendit la main.

 

         Je suis Morgane Lafée, animatrice à la télévision, je sais ce qui vous est arrivé et plus encore, je sais ce qui a dévasté vos terres de la Lande Basse et de la lande du Nord.

 

         Vous savez, vous savez... il faudrait que vous soyez plus qu'une simple journaliste pour savoir réellement ce qui s'est passé là ces trois derniers jours - Il se mettait presque en colère - Personnes ne sait ce que c'était, mais ça a été terrible et moi, tel que vous me voyez, je suis ruiné, foutu... sa voix s'éteignit peu à peu et il se remit à gémir.

 

Pendant que l'homme à l'entrée du champ continuait visiblement à filmer, la jeune femme repris :

 

         J'aimerais vous interviewer Monsieur Leguennec et même, si vous acceptez qu'on vous filme, j'ai peut-être une solution à vous proposer... Mais à une condition...

 

Tristan regarda l'intrus droit dans les yeux, se releva et lui répondit :

 

         Quelle solution et à quoi ? Vous ne voyez pas que vous me déranger, laissez moi maintenant.

 

Et il leur fit signe de s'en aller en leur montrant la route d'un mouvement de la tête.

 

- Monsieur Leguennec, reprit la jeune femme étrange, je sais que vos champs ont été détruits, je sais que vous êtes ruiné, et je peux vous aider !

 

         Vous en savez des choses... et comment pourriez vous m'aider ? demanda Tristan intrigué mais méfiant.

 

         Et bien voilà, ce que je vais vous dire va vous paraître étrange mais il va se passer quelque chose de bizarre demain ici même, une chose qui ne se produit qu'une fois tous les sept cents soixante dix sept ans, le soir de Noël, lorsque au solstice d'hiver, le soleil croise l'équateur en même temps que la comète de Hyakutake... Je sais cela paraît délirant mais les phénomènes de ces trois derniers jours étaient les prémices de ce qui va se passer...

 

         Quoi donc, qu'est ce qui va se passer, qu'est-ce qui peut bien encore arriver ? Tristan était de plus en plus méfiant et aussi de plus en plus intrigué. On n’allait pas lui faire le coup de la comète comme ça, c'était un peu gros.

 

         Vous voulez savoir ? dit-elle simplement.

 

         Bon et alors, qu'est-ce qui est censé se passer demain soir ?

 

         Vous devez d'abord accepter que nous vous filmions à partir de maintenant et jusqu'à demain minuit, si ce que j'ai à dire vous intéresse. Et aussi accepté de laissé ma chaîne seule détentrice des droits sur ces images. Je vous promets que vous ne le regretterez pas, cela risque même de vous tirer d'affaire.

 

         Dites toujours, on verra ensuite pour les promesses et les engagements.

[à suivre...]

Par Alex Owl
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A suivre...


Cherche vent ascendant pour équipée folle vers les hautes sphères. Une semaine en pension complète.






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