Rien, pourvu qu'il ne se passe rien... juste rien dans la brouhaha de fin d'année. De toute façon après Noël il faut laisser reposer nos foies marathoniens, nos
muscles masticateurs tellement sollicités, nos orbiculaires émerveillés par tant de lumières, nos zygomatiques enflammés, nos doigts fébriles qui ouvrirent tant de paquets ficelés... alors
maintenant je déclare l'état de rien permanent.
Evidemment il y a toujours quelqu'un pour faire irruption dans votre moment de rien. Soit pour vous demander où se trouve telle ou telle chose, soit
pour vous demander ce que vous voulez manger à la Saint Sylvestre, soit pour vous faire la réclame d'un tout nouveau produit par téléphone. C'est pas facile de se préserver un moment de
rien.
Le rien faut le préparer, le désirer très fort, le vouloir plus que tout.
Alors voilà, moi je déclare un moment de rien dans l'entre deux banquets, un moment de flottement intense, de bourdonnement inutile, un moment de
méditation sur le vide, la vacuité, "l'infinitude" de l'instant qui s'écoule.
Rien ne vaut ce petit quelque chose de si particulier qu'est le rien. Tout un art de vivre l'instant. Il s'installe et on l'observe étendre ses ailes,
suspendre les choses, les tenir à distance, tout en périphérie. Et puis là, au centre de nulle part, ce silence dont je parlais, ce bourdonnement discret de l'impossible vide
sensoriel.
Voilà ! C'est fait, je flotte tranquillement, je ne sens rien, je n'entends rien, je ne vois rien... je vacille un peu le temps de m'habituer. C'est
déroutant finalement le rien. Il virevolte, me tourne autour, me bouscule, un rien taquin. Si je m'attendais à ça, c'est quelque chose le rien... je fais quelques pas, je scrute du dedans...
rien...
Faudrait quand même pas que je m'y perde, que je ne sache pas retrouver la sortie, la porte du pas rien, le quelque chose. J'y vais prudemment... c'est
un peu effrayant en fait.
Je me sens un peu seul.
y'a quelqu'un ? Hé Ho ! y'a quelqu'un ?
Pas de réponse, même pas d'écho... rien !
Hé Ho... dites quelque chose !
Ho Hé !
Zut ! C'était par où déjà l'entrée, enfin je veux dire la sortie...?
J'entends vaguement quelque chose, un brouhaha au loin... c'est par là ! Oui je vois des lumières... ça y est, c'est là, voilà la
porte...!
Tiens le téléphone : Allo ? Oui ! Comment, Club internet ? Pour une nouvelle offre ? Je suis content de vous entendre, si si je vous assure. Ah bon, un
meilleur débit et plein de services en plus... et pour juste quelques euros de plus... oui évidemment on a rien sans rien !
Ben finalement si on discutait de ce qu'on va manger au réveillon ? Hein ?
Vos soufflantes..