N'hésitez pas à laisser vos propres mots, votre voix, des "soufflantes" extraordinaires... une trace... un signe... votre chemin de lecture...
Alex O.
| Novembre 2009 | ||||||||||
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En plein vent, sur le côte d'Emeraude, mon ami le lampadaire s'est mis dans la « lanterne » de se faire poser des pâles et une génératrice au dessus de sa lampe à sodium, pour produire de l'électricité. Son objectif est d'être autonome sur le plan énergétique et il envisage ensuite de revendre le surplus à EDF. Il dit que ça lui permettrait de se faire un petit pécule... pour changer d'ampoule de temps en temps ou s'offrir une nouvelle peinture, il pense à du vert émeraude. Evidemment c'est encore la faute de Ruth Stegassy, elle a remis ça sur France Culture dans son émission « Terre à terre » samedi matin. L'énergie, l'eau... les trucs écolos ça lui donne des angoisses de fin du monde à mon ami. Il a beaucoup réfléchi, fait des plans, des calculs de rendement électrique, de rentabilité financière, d'impact environnemental et social et de seuil d'acceptabilité. Il a même envisagée une opération de communication pour favoriser l'implantation du nouvel équipement dans le paysage. Je ne sais pas où il va chercher tout ça, il doit faire un peu de surchauffe...
Si vous avez une minute, asseyez vous donc, je vais vous préparer une infusion de rooibos.
Nous discuterons de tout et de rien, profitant de la douceur du temps pour respirer l'air du bord de mer par la baie vitrée grande ouverte. Balancés nonchalamment par la brise sur des fauteuils tellement ergonomiques et relaxants. Evidemment nous aurons passé un gros pull et nichés dans la pure laine nous goûterons la tranquilité de ce dimanche d'automne sirotant notre thé déthéiné.
Protégés du bruit des tondeuses par l'arrêté municipal ad hoc. Baignés du silence qui précède la neige, même ici.
Ah ! Rooibos, breuvage exotique et suave, importé d'Afrique du Sud ou d'ailleurs. Autrement nommé Thé rouge, diversement agrémenté d'aromes fruités suivant les préparations, ou bien encore nature.
La boisson des calmes, des posés, des jamais excités. L'idéal fait tisane. De tous les conciliabules amicaux.
Infusée dans une théière japonaise pure fonte, servie dans des tasses de terre cuite, d'ôcres et d'oxydes irisés.
Et si vous êtes d'humeur gourmande, des speculos à haute teneur en cannelle et sucre roux et quelques carrés de chocolat sans lécithine de soja pourraient agrémenter cet instant inoubliable.
Noir le chocolat ou au lait ? Allez, faisons fi de ces querelles d'écoles et au diable l'avarice, mettons les deux sur la table.
lààà ! je m'assoie aussi. Alors quoi de neuf ? Vous avez vu, la mer monte ! Bientôt elle sera pleine et elle poussera les annexes du port vers le rivage. C'est beau la houle et l'embrun, c'est frais, comme le temps... Humm... je respire enfin en sirotant ma tisane.
-J'prends l'temps, tout dans la finesse, j'apprécie par p'tites goulées...
Le coude droit appuyé sur le zinc, le vieux Hub s'adresse aux clients du Bistrot du port. Un index en l'air, il professe, il tangue mais ne coule pas, il disserte, argumente, explique de long en large.
-Hé oui M'sieurs Dames, l'art de siroter une bonne bière... ça c'est du grand art ! Avec un grand A comme à Amour !
Il ferme les yeux, l'air absorbé, prend sa chope dans la main droite et la porte doucement à sa bouche dans un mouvement parfaitement maitrisé grace à un long entraînement. Un silence plane dans le bistrot du port, chacun attend sa réaction, observe, admire l'artiste.
-Huuummmmmmmm... ça c'est vivre ! Dit-il en ouvrant à nouveau les yeux. Dédé, ta bière c'est du p'tit lait, du miel, la sainte vierge, le petit jésus et tous les autres en culotte de v'lours. Allez patron, laisse la bouteille et apporte le tonneau ! Ce sera toujours ça de pris avant le grand complot.
-Ok Hub, j'te remets ça, c'est ma tournée mais laisse tomber le couplet sur le complot, on connaît.
-Dédé... tu m'fais d'la peine, t'as pas l'air de m'croire... mais j'sais bien moi qu'ils nous observent. Et crois moi, c'est pas que pour not'e bien.
-Mais oui Hub, on sait...
-Ouais, et c'est pour ça que moi, tu vois, ben j'profite de chaque instant, allez santé.
Il lève sa chope et en absorbe une longue lampée, concentré comme un champion de ski avant une descente.
-Celui qu'a inventé la bière, il mérite le prix Nobel M'sieurs, ça oui, le prix Nobel, rien d'moins. Pa'ce que la bière Dédé, c'est le signe d'une grande et belle
civilisation et d'une technologie de haut niveau, on est les seuls à savoir faire ça dans tout l'univers. Et c'est pour ça qu'ils nous observent, tu vois, y sont jaloux Dédé, jaloux...
-Mais oui Hub, mais oui...
-Bon pis rajoute à ça qu'il faut savoir la boire et voilà, Tous les éléments sont en place, le grand complot Dédé, le grand complot ! Allez, faut qu'j'aille vérifier ma clôture et mes pièges, des fois qu'ils débarquent cette nuit.
Il vide le fond de son verre d'un trait, salue de la main d'un air entendu...
-Restons vigilants Dédé, restons vigilants...
Et il sort du bistrot comme une chaloupe ballotée par la houle pour rejoindre d'un pas hasardeux sa mobylette garée près de la boite aux lettres devant la mercerie.
Quelques minutes plus tard, il passe devant le bistrot du port en pétaradant et en zigzagant puis disparait derrière le premier virage. A peine peut-on entendre ses derniers mots couverts par le bruit du moteur de son engin.
Vos soufflantes..