Immortel

Publié le par Alex Owl





    J'ai souvent rêvé d'être un colosse, solide comme un bloc de granit, immortel, passeur inaltérable. Cette sorte d'être sur qui s'appuyer, indéfectible. Qui n'a jamais rêvé de ne pas finir et de rester debout dans toutes les tempêtes ?

    Et puis en parcourant les rues mouillées des jours passés, j'ai vu à la surface d'une eau dormante le reflet de mon visage et le temps écoulé. J'ai vu une partie du chemin parcouru cependant qu'une autre partie restait cachée, malgré tous mes efforts pour l'apercevoir.

    J'ai vu le soleil d'aurores qui illuminèrent mes jours, les ombres d'oublis lointains, les fleurs fanées de nostalgies et celle écloses d'envols et de fous-rires. J'ai vu ceux qui marchèrent à mes côtés et ceux qui demeurent. J'ai senti la présence de ceux que je ne connais pas encore et qui sont à venir.

    J'ai vu les dômes étincelants des cathédrales érigées à la gloire des Dieux de nos errances. Et les arcades gothiques des passages oubliés, recouvrant les ouvertures étroites des ermitages d'avant. Lorsque la neige a tout recouvert, j'ai entendu le chant amorti des mondes du dehors, les cris d'oiseaux cherchant des graines enfouies et le hurlement des loups qui appellent la lune au secours de nos peurs.

    C'est là que j'ai trouvé la trace de secrets enterrés, des couches de sédiments amoncelées sur des murs blancs d'autrefois. Des demeures sans maître, des voyages sans but. Et quand j'ai voulu tendre la main pour creuser, il ne restait plus rien.


    Sur l'onde dormante une autre image est apparue. La maison dans le soleil, l'eau qui passe à côté et s'en va vers le creux d'un vallon oublié. Un faucon vole haut en ronds concentriques. Des visages dansent sur l'herbe, en une ronde étonnante. Je ris en les voyant passer, je tente de les attraper les uns après les autres. Je tends les mains, mes doigts s'ouvrent et se ferment, mes bras battent l'air... je n'ai pas encore un an.

    Il est étrange, ce temps disparu, celui d'un autre colosse, de l'encore minuscule et du déjà fragile. Lorsque mille visages dansaient devant mes yeux. Que passaient les âmes des ancêtres oubliés devant les mains ouvertes de celui à venir. Il en subsiste si peu hors des brumes du temps, le reste s'est enfoncé dans les limbes sous le vent et j'ai passé nombreuses les portes des saisons, depuis ce jour lointain des mille recouvrances.

Publié dans histoires et nouvelles

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Alex 09/03/2007 06:24

bonjour Nina LouveArthur H chante avec Feist cette "chanson de Satie" si belle et je vous conseille aussi l'album en entier "Adieu tristesse" qui est superbe.bonne nuit là-bas alors que nous nous levons ici...Alex

Nina louve 09/03/2007 06:07

Dites, qui donc chante avec Arthur H ?
Cette chanson est  tant sensuelle, même si les mots sont chargés d'adieu. Merci Alex, je la découvre ici, et à nouveau ce soir relis, réécoute. Relis, réécoute. Puis file, comme un adieu, doucement, rejoindre le silence de Morphée.
bonne nuit

Alex 07/03/2007 14:32

un équilibre fragileamitié Nina Louve

Nina louve 07/03/2007 14:03

douceur et force, beau mariage.