Chemins I *****

Publié le par Alex Owl

Je l'ai cherché partout avant de me rendre à l'évidence. J'ai convoqué et interrogé la femme de ménage de manière policière. Je me suis souvenu à temps que la torture, même dans des situations gravissimes, est interdite par la loi, la morale et même par les règles de bonne pratique de la guerre; et elle est repartie chez elle sans bien comprendre ce qui se passait et en me croyant devenu fou. J'ai retourné toutes les pièces, soulevé les meubles, écumé les poubelles, hurlé à la lune jusque tard dans la nuit, noté son nom et son prénom dont je me souvenais... espérant qu'elle soit quelque part dans un annuaire suisse. J'espérais que les suisses aient des annuaires, avec des noms bien rangés, bien à jour. Et pourquoi ils n'auraient pas eu d'annuaires les suisses d'abord ? Hein ?

Pour me calmer j'ai repensé à son visage, mon coeur battait à 150 kilomètres heures au moins, ou kilogrammes peut-être... enfin bref, la chamade.

Ses cheveux roux, son sourire, son air timide et pourtant intrépide. Cette impression de reconnaissance qu'on a parfois en croisant des gens dans la rue, avec elle je l'avais eue, et cela persistait encore maintenant. Si c'est cela le coup de foudre, j'avais bel et bien été foudroyé.

Etre balloté par la vie, un coup à droite, un coup à gauche, c'est comme une descente en raft, il ne faut pas rechercher l'immobilité et le calme mais plutôt l'équilibre. Sinon on plonge, c'est la douche assurée. Etre tout le temps en mouvement permet de rééquilibrer en permanence la position, corriger, rectifier, recentrer en temps réel.

Il fallait donc que je bouge, que j'agisse. Ma première idée a été d'appeler l'ambassade de Suisse à Paris, après vérification c'est rue de Grenelle. Je voulais avoir le service pour les voyageurs, les étrangers, les égarés et tous les non neutres de la planète, pour leur demander comment avoir accès à un annuaire téléphonique de Genève. J'ai saisis mon téléphone au moment même où il se mettait à sonner.

Je décrochais, un peu agacé d'être dérangé dans mon élan.

- Allo, Luc Darphant au téléphone.

- Salut, j'aime les jours passés là-bas avec toi.

Je suis resté en arrêt, brutalement paralysé, surpris par l'inattendue, la tant espérée.

Sa voix, c'était sa voix; hésitante, timide, inquiète, de savoir si je pensais encore à elle probablement mais elle était là, au bout du fil. J'ai failli crier, exploser de joie, partir dans des explications compliquées et précipitées sur mes aventures des deux derniers jours et la perte du morceau de nappe...mais je me suis arrêté juste à temps, j'ai fait un effort surhumain pour calmer le joyeux désordre émotionnel qui venait d'exploser en moi.

- Salut, moi aussi...

- Alors je suis contente.

- Pareil.

- Tu fais quoi aujourd'hui ? Et ce soir ?

- Je ne sais plus, je viens de tout oublier, brutalement depuis 15 secondes. Mais sûrement rien d'important. Oui, c'est ça, rien d'important, c'est ce qui était prévu jusqu'à ce que tu fasses sonner mon téléphone !

Elle sembla hésiter quelques secondes puis j'entendis à nouveau sa voix, plus assurée, joyeuse à présent.

- Je me suis laissé dire qu'il y a un avion à 15h à Dinard qui s'envole pour Paris, Le Bourget.  Station de taxis, Charles De Gaulle, un autre avion part pour Genève en vol direct  à 19h... ça te dirait un petit resto sur le lac vers 21h ?

Il y eu un blanc, infiniment rempli d'espoir.

Puis j'ai répondu :

- Ça me revient maintenant, j'ai un rendez vous ce soir...

Je pouvais presque entendre son  coeur battre derrière sa respiration suspendue.

- Ah ! Je comprends...
[à suivre...]

Publié dans A suivre...

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missycalou 08/02/2007 12:24

quelle croustillante histoire!!! ou alors très bien racontée par son écriture......
qu'est ce que je suis curieuse!!!!! vite la suite, je piaffe!