Chemins I ***

Publié le par Alex Owl


 Il me vient d'un seul coup l'idée que le bien-être naît du plaisir, je ne sais pas ce que vous en pensez mais je trouve qu'à chaque fois que le plaisir a fait irruption dans ma vie, ma vision des choses s'est éclaircie. J'ai soudain changé d'angle pour ne plus voir les défauts, les erreurs, les aspérités désagréables, les "trucs" à refaire ou à changer... tout à coup, tout était pour le mieux, plus léger. Ce qui tendrait à prouver que ce n'est pas seulement la nature des choses qui conditionne nos réactions, mais aussi le regard que nous portons sur ces choses. Et ce qui tendrait aussi à prouver que la volonté seule ne suffit pas à changer radicalement ce regard. Les émotions et les sentiments en sont des déterminants majeurs. Le plaisir amène le bien-être, il est l'émotion par excellence, l'émotion primordiale, la toute première ressentie, main dans la main avec sa soeur jumelle, la douleur.

Du plaisir, j'en ressentais intensément, rien qu'en étant près d'elle et en l'écoutant me parler du jeu des couleurs sur une mosaïque antique et de je ne sais plus quel parc de Barcelone qu'elle aimerait visiter. A ce moment là, qu'elle disparaisse subitement m'aurait aussitôt plongé dans le plus grand désarroi, sans espoir de retour, la fin, la douleur éternelle. Je tentais de m'arracher à cette habitude du pire pour ne plus penser qu'à sa présence et m'abandonner au ressac de ses traits et de sa silhouette, au parfum de ses cheveux et de son pull.


Il aurait pu alors arriver n'importe quoi, rien n'avait plus d'importance pour moi.


Nous nous sommes revus sur la plage, plusieurs fois durant les deux semaines qu'elle a passées dans la région.


Moi je n'étais pas en vacances, mais je me rendais disponible dès que possible et nous partagions de longues heures à marcher sur la plage et a discuter de nos vies, de nos errances, de nos bonheurs et de nos regrets. Les Goélands nous poursuivais parfois de leur mendicité criarde et des envolées de sternes flottaient ou planaient à quelques dizaines de mètres du bord, à la recherche d'éperlans et d'autres petites proies. Le soir nous mangions ensembles au restaurant de la plage, à l'abri du ciel. Personne ne nous connaissait et nous passions inaperçus, isolés du reste du monde, à six pieds au dessus du sol.


Le vendredi soir, elle m'annonça qu'elle devait repartir le lendemain pour la Suisse. Son travail l'attendait à Genève. Nous nous sommes regardés longuement sans rien dire. Elle m'a souri et j'ai sorti un stylo pour écrire quelques mots sur un bout de nappe que j'ai plié en quatre et que je lui ai donné.


Dessus j'avais écrit simplement "reviens vite.". Je ne pouvais rien dire de plus, rien de plus simple ou de plus compliqué ni de plus sincère, juste "reviens vite", comme une invitation, un impératif évident. Elle m'a pris doucement le stylo des mains, a déchiré un morceau de nappe à son tour, a écrit quelque chose dessus et l'a plié en quatre avant de me le donner.


J'ai regardé cette lettre improvisée sans oser l'ouvrir et je l'ai fourrée dans la poche de mon pantalon.


Je l'ai raccompagnée à sa porte, un hotel à deux pas et nous nous sommes embrassés doucement, tendrement, comme une évidence. Son odeur a envahi l'espace tout autour comme celle de l'herbe fraîchement coupée. C'était oser l'acceptation que nous nous connaissions, que nous nous invitions mutuellement à aller plus loin dans notre rencontre.


Elle tremblait et moi aussi, l'émotion, la peur, le bonheur et puis tout un tas d'autres sensations, des sentiments contracdictoires, qui s'entrechoquent, virevoltent et effleurent de manière fulgurante nos consciences en d'incessant allers retours.


Le lendemain elle était partie et le manque a commencé à se faire sentir, le vide, comme une faim intense.


Assis sur le bord de mon lit, j'ai attrappé le morceau de nappe plié en quatre dans le fond de ma poche et je l'ai ouvert. Elle avait écrit une adresse à Genève, la sienne, avec un numéro de téléphone et juste une phrase : "j'aime les jours passés ici avec toi."

[à suivre...]


Publié dans A suivre...

Commenter cet article

nat 05/02/2007 09:09

Une belle prose pour une bien belle rencontre...NatC

missycalou 04/02/2007 15:40

C'est si beau, quelle belle rencontre!!!! La spontanéité est une chose délicate

lancelot 03/02/2007 19:19

Toujours le même plaisir à venir lire tes billets.A propos du regard, le recul permet d'avoir un oeil neuf sur les choses, que ce soit l'amour l'amitié ou notre conception de la vie ou du boulot.Enfin tu pourras aussi venir à Genève voir ton amie non ? J'en profiterai aussi pour te voir moi !!!

Alex Owl 03/02/2007 21:50

Merci beaucoup Lancelot, je retiens l'invitation.