Chemins I **

Publié le par Alex Owl

 



    Maintenant que j'y repense, je me dis que nous n'avions pas, l'un et l'autre, ce jour là, idée de ce qui allait arriver . Chacun marchait pensif, errant dans les méandres de son histoire personnelle, ses souvenirs, ses rêves.

Ca a d'abord été pour moi la découverte de deux superbes yeux et de longues mains, un charme pas ordinaire. Je revenais des Ebihens, du sel sur le visage et le teint halé. Nous nous sommes regardés émerveillés.

Peut-on survivre à une défaite ? Mais vraiment survivre, pas se mentir en se persuadant que ce n'est pas tout à fait une défaite ou que l'autre a été malhonnête, ne méritait pas notre attention ni notre considération et l'a emporté par ruse et manœuvres sournoises, indignes de nous.

Bref, peut-on survivre à une déculottée?

La réponse à cette question allait conditionner toute la suite de ma vie. Peut-on raisonnablement survivre à une défaite ? Survivre pour faire quoi d'ailleurs, pour suivre quel autre méandre ? Il faut une motivation, une vraie, une solide pour aller au delà de la petite mort chercher encore un sursit lorsque le grand gouffre veut vous avaler.

Elle, en une fraction de seconde, venait de devenir ma bouée, ma motivation, elle venait de renverser l'axe du monde et du même coup, l'énoncer de mes problèmes. Mes aventures professionnelles me paraissaient ridiculement négligeables tout à coup, insignifiantes. En apparaissant sur cette grève, elle avait vaporisé mes soucis. Telle une tornade subtile, un parfum léger mais ferme qui vous ramène de vos errances les plus folles vers un rivage paisible !

Vous imaginez alors avec quelle force du désespoir j'ai tenté de la retenir, de l'empêcher d'envisager de se lever de cette terrasse de bistrot, de dire au revoir et de disparaître. C'était inconcevable et elle semblait, elle aussi, ne pas vouloir que ce moment arrive.

Nous sommes restés tard ce soir là, assis, face à la mer qui descendait. Il faisait doux comme un début d'été, elle portait un pull à col roulé dans lequel elle cachait parfois ses mains ou son visage. Le soleil s'est effacé dans un flamboiement de stratocumulus rouges et bleus et la mer s'est fondue dans la nuit naissante pour nous laisser dans une immensité plus grande encore, avec ce sentiments d'expansion sans limite. Tout était à la portée de nos mains, au bord de nos âmes adossées.

Un processus de défense que j'avais adopté dans mon enfance et qui m'avait suivi jusqu'à l'âge adulte, était le fait de toujours envisager les situations sous leur angle le pire, pour ne pas être déçu, juste au cas où... Cela laisse peu de place à l'espoir j'en conviens. Malgré tout, je ne pouvais m'empêcher, à chaque fois, d'espérer aussi, sans me l'avouer vraiment, le meilleur, voire plus. J'étais alors le siège d'une bataille sans fin entre deux sentiments, l'espoir et la fatalité, qui se disputaient la meilleure place au spectacle de mes élucubrations.

Là, cette fois, je ne pouvais envisager le pire sans ressentir une douleur infinie, un déchirement irrémédiable. Le pire aurait été qu'elle parte, qu'elle n'ai jamais existé et que je me réveille d'un rêve si doux. Ou qu'elle soit en train de tenir un pari idiot fait avec une copine, ou que sais-je encore... le pire...

Mais rien de tout cela ne se produisit, la vie est plus compliquée et simple à la fois. Imprévisible et si belle parfois.


[à suivre...]






Publié dans A suivre...

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Gaëna 29/01/2007 17:05

Oui... Et la peur de l'absence. Oser apprivoiser... Oser demander à être le renard (Petit Prince...) et accepter que d'autres sens  imprègnent nos petits bouts de vie à jamais. 
C'est très beau Alex. Très beau...

germaine007 29/01/2007 15:31

Même si OSIRIS  y suit toutes les femmes....Il a raison, fonce!!!!!! Parle lui en la charmant, les femmes aiment bien ça!

Osiris 29/01/2007 13:03

Revivre, c'est survivre... Vivre c'est renaître alors oui on peut survivre, se relever et la suivre... Où qu'elle aille même si elle quitte la terrasse... Au bout du monde bien sûr...