Chronique des recouvrances [5]

Publié le par Alex Owl

C'est à ce moment que j'ai repensé au sac de secours dans le coffre, plein à craquer de matériel médical d'urgence. Malheureusement il était impossible à atteindre et d'ailleurs qu'est-ce que j'aurais pu en faire tout seul ?


C'était comme dans ces rêves au cours desquels on approche de quelque chose d'extraordinaire, une chose ou une personne que l'on désire par dessus tout et qui se dérobe au dernier moment sans qu'on comprenne par quel mécanisme ou pourquoi. Tout était cotonneux autour de moi, dans du brouillard de plus en plus opaque. Le rêve se mélangeait à la réalité, je tendais les bras en avant comme un somnambule pour tenter de toucher quelque chose, sans savoir vraiment quoi... trouver une issue, toucher la réalité, retenir la vie qui semblait décidée à me quitter.


A présent la douleur avait battu en retraite. Elle n'avait pas disparu mais était tapie tout au fond d'un fatras de sensations confuses, prête, je le sentais, à ressurgir à tout moment. Alors j'économisais mes gestes et ma respiration. Je ne bougeais plus que très peu, par petit mouvements, au ralenti. J'avais l'impression d'être tout à coup quelques centimètres au dessus de mon siège, de tanguer comme un bateau qui rentre au port par grand vent de travers. Puis la voiture se mit à tourner sur elle-même m'entraînant dans son sillage.


Où pouvait bien être passé cet agen... et cette soif qui commençait à m'assécher la gorge... j'avais une bouteille d'eau par ici non ? Si, si dans la portière là... il faut que je la trouve... il faudrait que ça s'arrête de tourner. Il faut que quelqu'un vienne, quelqu'un de bien, quelqu'un qui m'emporterait loin, là-bas, sur une colline...


L'herbe se mélangeait aux restes du pare brise, au bruit des voitures un peu plus haut, au froid de la nuit... les couleurs s'entrechoquaient dans le faisceau des phares... rien... plus rien...


Et je sombrais à nouveau dans un demi-sommeil peuplé de rêves étranges. Un petit animal s'approchait de moi en me fixant du regard, une hermine ou quelque chose comme ça. J'étais paralysé, je ne pouvais faire aucun mouvement et aucun son ne sortait de ma bouche pétrifiée. Plus l'animal s'approchait, plus il grandissait, les pattes avant levées comme pour me saisir, il grandissait encore jusqu'à remplir tout mon champ de vision. Et au moment où il allait finalement m'attraper, énorme, écrasant, à travers le pare brise de ma voiture flambant neuve, il prenait le visage déformé d'un collègue de travail et éclatait d'un rire sardonique, effrayant. Je tentais de hurler...


J'ouvris brutalement les yeux, le visage baigné de sueur. La douleur était là de nouveau, violente à présent, mélangée à l'intense sensation de soif.


[à suivre...]


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