De loin...[4]

Publié le par Alex Owl

On dit que ceux qui traversèrent la lande durant ces nuits mémorables, passants imprudents, ne revinrent jamais tout à fait de ce voyage. On les retrouva quelques jours plus tard, errants au milieu des genêts et des ronces, les yeux hagards, perdus pour longtemps dans un dédale qu'ils étaient les seuls à percevoir.

 

Le curé fut de ceux là, revenant d'une réunion paroissiale dans un hameau voisin. Au moment où, sur le chemin, il entendit les bruits de la fête à travers la vitre ouverte de sa voiture, il était déjà trop tard. Il fut happé et passa trois jours et trois nuits à danser, comme ensorcelé, et au sortir de ce kan ha diskan infernal, il ne retrouva plus jamais vraiment la raison. Il resta au village, on lui fit une place à la MAPA, bien avant l'âge de la retraite. Certains disent, à travers le pays, qu'on peut le voir les soirs de brume tourner autour de l'église et du monument aux morts, en d'incessants cercles rythmés par une folle gavotte, qu'il fredonne dans sa barbe...

 

Quoiqu'il en soit, à l'époque, au matin de la troisième nuit, le silence se fit enfin et la rumeur courut à travers le pays que le diable avait quitté la lande du Nord. Les volets s'ouvrirent de nouveau puis les portes des maisons. C'était un matin ensoleillé, le ciel semblait lavé comme après une tempête.

 

Tristan Leguennec, à genoux au milieu de son pré de la lande basse, la tête dans les mains, pleurait. Et si vous vous étiez approché à cet instant, vous auriez pu l'entendre gémir après ses terres dévastées, ses champs tristement labourés, piétinés, qui ne donneraient plus avant deux ou trois ans. Il était endetté du mois d'août jusqu'au mois d'août et cette fois tout était joué, il ne pourrait pas payer ses traites. Sa ferme serait vendue et lui et sa famille se retrouveraient à la rue. Tout ce travail qu'il avait accompli depuis des années avait été anéanti en trois jours et trois nuits.

 

Autour de lui, la terre mise à nue s'étendait à perte de vue. De là où avait eu lieu « l'événement » comme tous l'appelleraient plus tard, avait disparu toute trace de végétation. Seule restait la terre brune, détrempée, plantée en rangs serrés de canettes de bière vides, de mégots, de téléphones portables perdus, dont certains sonnaient encore par intermittence, de chaussures abandonnées dans l'épaisseur de la boue, de papiers gras et de vêtements orphelins.

 

Une seule certitude subsistait après les événements, on ne reverrait pas pousser avant longtemps dans cette terre là, le moindre épi de blé ou de maïs.

 

Et pendant que Tristan pleurait sur ses récoltes perdues et ses champs, une jeune femme s'approcha de lui, tandis qu'un homme visiblement plus âgé restait en retrait, une caméra à l'épaule.

[à suivre...]

Publié dans A suivre...

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chrw 22/12/2006 09:18

hop je suis accroc, coincée dans la danse aussi...miam vivement la suite!

Alex 19/12/2006 11:16

d'après ce que j'ai vu et j'ai loggé le rss d'étoiles d'encre sur mon navigateur, ce serait un immense honneur.

Altaïr 19/12/2006 10:56

Hello ! Je découvre ton blog suite à ton mess sur le fil qui parle des blogs d'écriture sur OB... Ca te dirait de faire un jour partie des Etoiles d'Encre?...

Alex 19/12/2006 10:46

Merci pour l'avis sur les textespour ce qui est de la couleur j'y travaille, j'irais peut-être vers un gris clair voir légèrement dégradé... à suivresuperbe iconographie sur le tien

le dragon rouge 19/12/2006 07:18

J'aime bien tes textes , j'aime le ton .. j'aime pas ton vert ...
++